Troubles du spectre de l’autisme : relations entre troubles du sommeil, fonctions exécutives et symptômes psychiatriques

Les troubles du spectre de l’autisme (TSA) relèvent d’une condition créée par des troubles du développement neurologique, fréquemment associés à des manifestations pathologiques tant médicales que psychiatriques. Parmi ces dernières, figurent en bonne place les troubles du sommeil dont la prévalence serait d’ailleurs estimée à plus de 50 % au cours des TSA, non seulement pendant l’enfance et l’adolescence mais aussi à l’âge adulte. Elle dépasserait même les 80 % dans l’enfance. Les relations entre ce sommeil problématique et la sévérité de l’autisme n’en restent pas moins incertaines et il en va de même pour d’autres domaines aussi mal explorés ou peu étudiés tels les fonctions exécutives ou certains troubles psychiatriques. Il va sans dire qu’il y a là une large place pour la recherche clinique.

89 patients avec TSA

Cette question a fait l’objet d’une étude transversale, dans laquelle ont été inclus 89 patients avec TSA, répartis en deux groupes : 44 enfants/adolescents et 45 adultes. Les fonctions exécutives ont été évaluées à partir des performances rapportées par les participants eux-mêmes, cependant divers tests ont été pratiqués pour explorer la psychopathologie sous-jacente. Le sommeil a été évalué en utilisant pour les enfants l’échelle des troubles du sommeil de l’enfant (Sleep Disturbance Scale for Children – SDSC) et pour les adultes l’échelle de Pittsburgh (Pittsburgh Sleep Quality Index – PSQI). Parmi les critères évalués, figurent la latence d’endormissement, le maintien du sommeil tout au long de la nuit, la qualité du sommeil, et le retentissement sur le fonctionnement diurne.

Une analyse multivariée a révélé une association significative entre les troubles du sommeil et les symptômes psychiatriques dans les deux groupes. La sévérité des troubles du sommeil a par ailleurs été positivement corrélée à celle des manifestations psychiatriques. En revanche, aucune association significative n’a été établie entre qualité du sommeil et fonctions exécutives.

Des limites mais des hypothèses sérieuses

Cette étude transversale porte sur un effectif restreint ce qui en limite la puissance. En outre, les variables prises en compte dans l’analyse n’ont pas été évaluées de manière objective et c’est là une limite certaine. Ces résultats, même s’ils demandent à être confirmés, n’en plaident pas moins en faveur d’une association plausible entre la sévérité des troubles du sommeil et l’intensité des manifestations psychiatriques, ceci apparemment tout au long de la vie, compte tenu de la composition de la population étudiée. De ce fait, l’amélioration du sommeil des patients avec TSA pourrait bien constituer un moyen pour prévenir ou atténuer leur charge psychopathologique qui pèse lourd dans le quotidien et l’évolution des TSA.

Encore faut-il s’attacher à les détecter le plus précocement possible au travers d’un interrogatoire orienté qui a tout lieu d’être, compte tenu de leur prévalence élevée en cas de TSA. Il est au demeurant établi que le manque de sommeil en termes de qualité ou de quantité a un effet délétère sur la plupart des troubles comportementaux qui caractérisent les TSA et les nombreuses comorbidités psychiatriques auxquelles ils s’associent volontiers : troubles anxiodépressifs, syndrome d’hyperactivité, trouble obsessionnel compulsif, troubles bipolaires, hypersensibilité à certains stimuli sensoriels ou au stress etc. Autant d’entités psychopathologiques où trouver le sommeil n’est pas de tout repos.

Les mécanismes qui sous-tendent l’association entre troubles du sommeil et psychopathologie des TSA sont donc à la fois complexes et imparfaitement compris au point de susciter bien des hypothèses et des questions. Est-ce une caractéristique intrinsèque des TSA ? Des facteurs biologiques génétiquement déterminés entrent-il en ligne de compte ? Quelle est la part des médicaments souvent nécessaires pour la prise en charge des comorbidités ? Quel est le rôle de l’environnement familial et socioprofessionnel ? Autant de questions qu’il convient de se poser face à des troubles du sommeil un tant soit peu sévères mis en évidence chez un patient avec TSA. Autant de voies de recherche potentielles et de facteurs dont le praticien dispose pour aborder et résoudre le plus efficacement possible une problématique des plus fréquentes chez l’enfant, l’adolescent ou l’adulte.

Dr Philippe Tellier


Article originel :
Gustemps LG et coll. Sleep disturbances in autism spectrum disorder without intellectual impairment : relationship with executive function and psychiatric symptoms. Sleep Med. 2021; 83:106-114. 
https://doi.org/10.1016/j.sleep.2021.04.022