Troubles du spectre de l’autisme chez l’enfant et l’adolescent : des outils pour détecter et suivre l’insomnie
La prévalence de l’insomnie chez les patients avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA) varie entre 50 et 80% selon le contexte neurologique et les études. L’insomnie a des répercussions souvent lourdes sur la santé physique et mentale, au point que son dépistage et sa prise en charge apparaissent indispensables. Quels sont les outils pratiques les plus adaptés à cette mission ? Force est de reconnaître qu’il n’existe guère de consensus sur ce point quant à la mise en œuvre d’un dépistage de l’insomnie dans la pratique médicale courante, alors même que les neuropsychiatres et les spécialistes du sommeil insistent sur l’importance du dépistage systématique de l’insomnie chez tous les enfants et adolescents avec TSA. Ce panel d’experts souligne également la nécessité d’une consultation spécialisée quand une telle comorbidité est mise en évidence, l’objectif étant d’améliorer le bien-être du jeune patient et de son entourage familial. Les outils les plus fréquemment utilisés dans la recherche d’une insomnie sont les questionnaires, les échelles d’évaluation confiées aux parents ou encore les agendas du sommeil.
L’outil idéal
L’outil optimal pour la pratique quotidienne devrait répondre aux exigences suivantes :
- S’avérer valide dans le cas spécifique des TSA incluant le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ;
- Être facile et rapide à mettre en œuvre ;
- Comporter des seuils de positivité précis permettant de diagnostiquer l’insomnie avec une valeur prédictive optimale ;
- Être accessible aux parents ou soignants avant la consultation, éventuellement par le biais de plateformes en ligne (facultatif) ;
- Permettre de dépister d’autres troubles du sommeil que l’insomnie et inclure des recommandations concernant l’orientation vers des spécialistes du domaine, le cas échéant.
Aucun des outils actuels ne répond à tous ces items, loin s’en faut. Trois questionnaires méritent cependant d’être préférés aux autres, car ils ont fait l’objet d’une validation psychométrique dans ce contexte neurologique particulier. Il s’agit :
- du CSHQ (Children’s Sleep Habits Questionnaire),
- du CSDI (Composite sleep disturbance index)
- et du SDSC (Sleep Disturbance Scale for Children).
Ces derniers sont au demeurant largement utilisés dans les TSA de l’enfant, avec d’autant plus de confiance qu’ils comportent des seuils de positivité clairement définis, aidant à la prise de décision et à l’orientation éventuelle vers un spécialiste du sommeil.
Il faut par ailleurs souligner que le dépistage de l’insomnie n’est ni recommandé ni nécessaire quand les troubles du comportement associés au TSA sont à l’évidence la cause ou la conséquence de cette dernière et c’est le cas notamment du TDAH. Par ailleurs, il faut se référer au DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders-5th edition) qui inclut dans la définition de l’insomnie à la fois la qualité et la quantité de sommeil, sans toutefois élaborer des critères propres à chaque tranche d’âge, une lacune à laquelle remédient les questionnaires précédemment cités. Ces derniers prennent en compte les difficultés d’endormissement, les réveils nocturnes fréquents et le réveil matinal trop précoce, mais aussi l’impact sur le fonctionnement diurne en termes de vigilance et d’interactions sociales, toutes ces dimensions jouant un rôle dans la prise en charge optimale du TSA et in fine son pronostic.
Dr Philippe Tellier
Banaschewski T et coll. Practice Tools for Screening and Monitoring Insomnia in Children and Adolescents with Autism Spectrum Disorder. J Autism Dev Disord. 2022 ;52(8):3758-3768.
https://doi.org/10.1007/s10803-021-05236-w
