Trouble de restriction/évitement de la consommation alimentaire et autisme : quels liens ?
Les troubles de conduite et d’ingestion alimentaires occupent une place importante dans la dernière édition du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5). En 2013, a été ajouté un nouveau trouble du comportement alimentaire, en l’occurrence le trouble de restriction ou d’évitement de la consommation alimentaire, désigné par l’acronyme ARFID (Avoidant Restrictive Food Intake Disorder). Il a trouvé plus récemment sa place dans la 11ème révision de la classification internationale des maladies (CIM-11) de l’OMS.
Les particularités de l’ARFID
A la différence de l’anorexie mentale, la restriction des apports alimentaires n’est pas ici motivée par des distorsions de l’image corporelle ou une crainte morbide de la moindre prise de poids. Trois critères diagnostiques figurent dans le DSM-5 pour caractériser l’évitement ou la restriction alimentaire :
- désintérêt apparent pour la consommation d’aliments ;
- évitement basé sur les caractéristiques sensorielles de ces derniers ;
- préoccupation concernant les conséquences aversives de l’alimentation.
Ce syndrome, du fait de sa nouveauté, est encore mal connu, mais il est déjà admis qu’il a tendance à s’associer à diverses comorbidités psychiatriques, parmi lesquelles l’autisme figure en bonne place. Une revue de la littérature permet de faire le point sur les études publiées pendant l’année 2022 et le premier semestre de 2023 sur l’association entre ARFID et autisme.
ARFID et autisme : une association bidirectionnelle
Les données les plus récentes confirment que ces deux troubles mentaux ont en commun, outre leur grande hétérogénéité clinique, une forte composante héréditaire. Au sein d’une grande cohorte composée de patients avec TSA, 21 % des participants et 17 % de leurs parents présentaient tous les signes d’un ARFID. Par ailleurs, selon les études publiées, chez les enfants atteints d’un ARFID, la prévalence de l’autisme ou d’un trouble du spectre de l’autisme varie entre 8,2 % et 54,8 %. Par ailleurs, plus d’une fois sur deux, l’ARFID s’associe à d’autres troubles du neurodéveloppement ou à d’autres affections psychiatriques ou somatiques. L’anxiété, la dépression, les troubles du sommeil et les difficultés d’apprentissage sont particulièrement fréquents dans ce contexte. Des stratégies variées ont été développées pour aider les enfants avec autisme confrontés à des troubles du comportement alimentaires qui, en cas d’ARFID, peuvent entraîner des conséquences lourdes sur l’état de santé.
Une persistance à l’adolescence et à l’âge adulte
Il faut cependant souligner que ces troubles ont tendance à persister lors de l’adolescence, mais aussi à l’âge adulte, qu’il s’agisse des distorsions de la sensibilité sensorielle (ou de l’hypersensibilité sensorielle), des préférences alimentaires (avec une rigidité qui limite la diversité alimentaire ou interdit toute nouveauté) ou encore des rituels et des routines qui caractérisent le moment consacré aux repas. Force est de constater que, chez l’adolescent comme chez l’adulte, la prise en charge optimale est loin d’être définie. C’est tout de même chez l’enfant, que l’absence de diagnostic de l’ARFID risque d’avoir l’impact le plus lourd, la perte de poids conséquente, la dénutrition, les carences vitaminiques, l’anémie pouvant résulter d’une méconnaissance de la gravité potentielle de ce trouble du comportement alimentaire. Le pronostic est encore plus réservé quand l’ARFID s’associe à l’autisme. Il manque des données sur l’évolution à long terme de ce syndrome, à la différence de l’autisme qui expose à une morbi-mortalité plus élevée que celle de la population générale, probablement majorée quand s’ajoutent des comorbidités lourdes, telles certains troubles du comportement alimentaire.
De ce fait, il importe de dépister l’ARFID chez tous les enfants qui consultent un spécialiste en raison d’un possible diagnostic d’autisme ou de trouble du spectre de l’autisme. Il en va de même pour les troubles du comportement alimentaire, tels l’anorexie mentale qui peut constituer un diagnostic différentiel, mais aussi d’autres troubles mentaux ou des personnalités borderline, l’exemple de la dysphorie de genre étant judicieux compte tenu de la détresse psychologique occasionnée par cette dernière.
Dr Philippe Tellier
Article originel :
Keski-Rahkonen A et coll. Avoidant-restrictive food intake disorder and autism: epidemiology, etiology, complications, treatment, and outcome. Curr Opin Psychiatry. 2023;36(6):438-442. doi: 10.1097/YCO.0000000000000896.
