Le sommeil des enfants avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA) est souvent problématique. Ses perturbations débutent en règle très tôt au cours de l’évolution des TSA et leur sévérité n’est pas sans retentir a priori sur les difficultés comportementales qui les caractérisent. La prévalence des troubles du sommeil liés aux TSA atteindrait 80 % alors que chez les enfants à développement typique elle serait de l’ordre de 25-40 %. Plusieurs études suggèrent une association entre l’importance des troubles du sommeil et la sévérité des symptômes autistiques ainsi que des problèmes de comportement. Les troubles du sommeil peuvent apparaître dès l’âge de 18-30 mois, et exposer les enfants avec autisme à un risque accru de troubles du comportement. Afin de permettre une prise en charge précoce, il est important de comprendre plus précisément les relations entre la sévérité ou la fréquence des troubles du sommeil et ceux du comportement chez les jeunes enfants avec TSA.
Une étude australienne portant sur 47 enfants avec autisme avéré
Une étude transversale australienne s’est donc intéressée à cette problématique en incluant 47 enfants âgés de 24 à 71 mois, tous présentant un autisme avéré . Les parents ont rapporté avec précision les perturbations du sommeil de leur enfant en les décrivant par écrit pour faciliter leur analyse. A partir de ces descriptions, les participants ont été répartis en trois groupes selon la qualité du sommeil :
- Absence de troubles
- Troubles légers ou typiques
- Troubles sévères ou atypiques
Cette classification a reposé sur les recommandations de la National Sleep Foundation et les données de la littérature les plus communément admises. Les trois groupes ont été comparés quant à la sévérité de l’autisme grâce à l’échelle ADOS (Autistim Diagnostic Observation Schedule). La comparaison a également porté sur les fonctions cognitives grâce aux échelles MSEL (Mullen Scales of Early Learning) et les comportements grâce à l’outil BASC-3 (Behavioral Assessment for Children-3).
Inattention et retrait social en cas de troubles sévères du sommeil
Dans le troisième groupe, les troubles du sommeil se sont avérés à la fois multiples et particulièrement sévères à la différence des deux autres. Cependant aucune différence intergroupe significative n’a été mise en évidence pour ce qui est des fonctions cognitives ou encore de la sévérité de l’autisme. Ce sont les comportements qui ont différé entre ces derniers comme l’a révélé l’outil BASC-3 au travers de ses sous-échelles. Ainsi, les manifestations de retrait ont été beaucoup plus fréquentes et plus marquées dans le groupe 3, au point de le distinguer nettement des deux autres. L’inattention qui est, pour sa part, explorée à l’aide d’une autre sous-échelle de BASC-3 a permis d’établir une distinction entre les bons dormeurs du groupe 1 et les dormeurs à problèmes des deux autres groupes. Les troubles sévères ou atypiques du sommeil ont été globalement associés à une plus grande fréquence des troubles comportementaux, notamment si l’on se réfère au groupe des bons dormeurs.
Le retrait social et les problèmes de sommeil à la fois multiples et sévères compliquent singulièrement la prise en charge des troubles du sommeil chez les très jeunes enfants présentant un TSA. Ni la sévérité de l’autisme, ni les troubles cognitifs ne semblent contribuer à l’intensité des perturbations du sommeil et c’est vers d’autres pistes qu’il faut se tourner pour en comprendre les mécanismes.
Une approche personnalisée de la problématique du sommeil est certainement requise pour sortir d’un véritable cercle vicieux, le retrait social et l’inattention pouvant aggraver les choses, tout au moins dans une certaine mesure.
Il importe par ailleurs de détecter le plus précocement les troubles du sommeil dans ce contexte pour atténuer leurs conséquences à long terme en ciblant notamment le retrait social et l’inattention qui en sont les manifestations les plus évidentes. Des interventions précoces et individualisées sont le plus sûr moyen pour corriger, dans la mesure du possible, l’impact négatif des troubles sévères ou atypiques du sommeil, l’idéal étant in fine de les prévenir, ce qui n’est pas chose facile eu égard aux incertitudes actuelles sur les étiologies et la pathogénie de l’autisme.
Dr Philippe Tellier
Article originel :
Roussis S et coll. Behaviour, cognition, and autism symptoms and their relationship with sleep problem severity in young children with autism spectrum disorder. Research in Autism Spectrum Disorders. 2021 : Volume 83, Mai 2021, 101743.
https://doi.org/10.1111/cns.12651
